July 12th at 11:21am Posted in: News

INTERVIEW — ALIOU SOUARE, Directeur Général du Fonds de Développement Industriel et des PME (FODIP), Président du comité de pilotage du Fonds d’Appui aux GIE et Entreprises

Présentez-vous à nos lecteurs et parlez-nous de votre parcours :

Merci de cette opportunité, ce n’est pas évident de parler de soi mais je peux dire que je suis un pur produit de l’enseignement Guinéen. Certes, j’ai eu à continuer mes études en France où j’ai eu mes premières expériences professionnelles avant d’aller au Canada et je suis rentré en Guinée en novembre 2017 comme consultant à l’APIP à la faveur d’un décret présidentiel, le 31 mars, j’ai été nommé à la tête du Fonds de Développement Industriel et des PME (FODIP).

Parlez-nous justement du FODIP :

Le FODIP est un établissement public et administratif (EPA) placé sous la tutelle technique du Ministère de l’Industrie et des PME de façon générale et sous la tutelle financière du Ministère des Finances. C’est une structure de l’État qui a pour mission de mobiliser des ressources privées, publiques, nationales et internationales pour participer au développement industriel et des PME en finançant des projets et programmes dédiés au renforcement de capacités ; en participant à la réduction du coût de financement pour les entreprises, et en contribuant autant que possible à l’éclosion d’un écosystème entrepreneurial solide et compétitif.

En tant qu’EPA, quelles sont les missions et objectifs du FODIP ?

Le FODIP est une structure nouvelle, qui a été créée il n’y a pas longtemps et dont je suis le premier Directeur Général. Vous savez, ce n’est pas toujours évident de bâtir une organisation, mais grâce au soutien politique et institutionnel de Monsieur Tibou Camara, du chef du gouvernement Dr Ibrahima Kassory Fofana et bien entendu du Président de la République, le cadre institutionnel et juridique du FODIP est bien établi. Nous avons des statuts qui régissent le fonctionnement de la structure et pour couronner le tout, grâce à la confiance renouvelée de Monsieur le Président de la République, j’ai été nommé à la tête du comité de pilotage du Fonds d’Appui aux Entreprises et aux GIE. C’est une structure qui est là pour contribuer et être complémentaire à l’ensemble des batteries de disposition juridiques et institutionnelles mises en place par le Président de la République et de son gouvernement depuis 2010.

Quelle est la partition du comité de pilotage du fonds d’appui aux GIE et entreprises dans l’accompagnement des jeunes entrepreneurs ?

Le fonds d’appui aux GIE, est un fonds d’urgence qui est issu d’une initiative du Président de la République pour apporter un soutien financier aux entreprises et aux GIE mais également au secteur financier guinéen, donc le rôle du comité de pilotage, c’est de superviser les actions et les missions qui seront menées au sein de ce Fonds d’Appui aux GIE et aux Entreprises. L’idée, c’est de s’assurer que les fonds seront bien destinés aux bénéficiaires, tels que formulé par le décret du Président de la République.

Concrètement ce Fonds va servir à quoi ?

C’est un fonds d’urgence qui vise à apporter un soutien au secteur privé. Bien sur, il y a des conditions pour en bénéficier. Ce sont des fonds remboursables je précise, ce n’est pas une subvention gratuite qu’on distribue. Il y a des conditions d’éligibilité qu’il faut remplir. Il faut notamment que l’entreprise soit formalisée, c’est-à-dire qu’elle ait son enregistrement au registre du commerce (RCCM), que l’entreprise soit en règle en matière fiscale, qu’elle n’ait pas d’impayés auprès des banques et qu’elle s’engage en contrepartie à préserver au minimum 75 % de son personnel, il faut également que l’entreprise ou la GIE ait au minimum de 5 employés en CDD ou en CDI, tout ceci avant la déclaration de l’état d’urgence sanitaire. Nous, nous avons un rôle de veille et de surveillance pour s’assurer que les mécanismes qui seront mis en place seront bien exécutés et que les missions et défis auxquels nous faisons face seront relevés, selon les besoins des bénéficiaires.

Emprunter plutôt qu’assister, vous pensez que c’est la meilleure approche dans un contexte de pandémie ?

Vous savez dans toute chose il faut qu’il y ait une contrepartie, le taux d’intérêt est à 5 % alors qu’en règle générale, il est entre 16 et 17 % au niveau des banques, donc l’idée c’est d’apporter un souffle aux entreprises. Le mécanisme est très simple, on a même mis en place une plateforme en ligne à partir de laquelle les requérants peuvent postuler d’eux-mêmes ou alors passer par les institutions financières ou les institutions de microfinances pour déposer leur candidature. L’idée, c’est d’apporter un plus dans les secteurs les plus affectés, notamment ceux en rapport avec le transport maritime, aérien, l’agriculture, l’élevage, la pêche, la restauration, l’hôtellerie, le tourisme, etc…parce que, c’est des secteurs qui ont été fortement affectés, donc l’idée encore une fois, ce n’est pas de donner de l’argent gratuit, il doit y’avoir une contrepartie en termes d’impact sur la productivité. C’est la raison pour laquelle on s’assure que les entreprises sont bien formalisées parce que, c’est une occasion aussi d’élargir l’assiette fiscale de l’État, car si une entreprise est formalisée et répond aux critères d’éligibilité, elle bénéficie de notre accompagnement, ce sont en quelque sorte des mesures incitatives. Nous pensons que l’État a pleinement joué son rôle et qu’au-delà du plan de riposte sanitaire, il y a aussi ce plan de riposte économique qui a été implémenté par le gouvernement. L’objectif étant de relancer l’Économie et surtout aider les entreprises à renforcer leur résilience face à d’éventuels chocs futurs, notamment pandémiques ou en lien aux catastrophes naturelles, tout en facilitant leur intégration dans le projet de zone de libre-échange continentale (Zlecaf).

Poursuivant les mêmes objectifs, ceux de créer de nouvelles opportunités pour les entrepreneurs locaux, quelles sont les possibilités de collaboration avec la BSTP ?

La BSTP et le FODIP de façon générale, nous visons les mêmes objectifs, chaque élément est un maillon de cette chaine de l’écosystème. Le but c’est de renforcer les capacités des entreprises guinéennes, les accompagner à devenir compétitive parce que vous n’êtes pas sans savoir que sous peu, tout va se jouer au niveau économique avec la Zlecaf, si on ne prend pas des mesures idoines maintenant, on sera à la traîne. L’idée, c’est de voir comment à travers nos 4 types de fonds nous pouvons améliorer la compétitivité et la résilience des entreprises locales. Je précise que nous envisageons de mettre en place un fonds de garanti auquel nous sommes partie prenante et qui va être aussi bientôt opérationnel ; un second fonds dédié au renforcement de capacités pour effectivement faciliter et formaliser nos entrepreneurs et nos entreprises et c’est à ce niveau-là que nous pensons que les actions de la BSTP et du FODIP peuvent converger car , qui dit contenu local parle de sa trilogie que ce soit en termes d’emplois, de cotraitance ou sous-traitance, mais encore faut-il que nos entrepreneurs et nos entreprises soient solides et qu’elles répondent aux standards internationaux ; les deux autres fonds qui sont envisagés, c’est bien entendu un fonds d’investissements, comme le fonds d’appui aux entreprises et GIE et un fonds d’assurance pour mutualiser les risques notamment en lien avec de futurs chocs comme les pandémies ou le changement climatique. Pour revenir à votre question, effectivement nos missions convergent et on a déjà eu l’occasion d’échanger avec les responsables de la BSTP et nous envisageons de mettre en place des projets et programmes de formation notamment par secteur pour comprendre un peu quels sont les besoins et les enjeux par secteur d’activité de façon générale parce que l’idée encore une fois, c’est de participer à la transformation économique, écologique et sociale de notre pays en faisant en sorte que l’économie guinéenne qui est tributaire des mines, ne repose pas uniquement sur ce secteur. C’est de faire en sorte qu’il y’ait une transition économique orientée vers d’autres chaines de valeur et pour y arriver, il faudrait que nous soyons bien outillés, sinon c’est d’autres qui le feront à notre place et nous risquons d’être des éternels consommateurs pour les autres pays.

Quel appel avez-vous à lancer aux jeunes entrepreneurs, potentiels bénéficiaires ?

Je les invite d’abord à titre d’information à visiter le site du FODIP www.fodip.gov.gn et ça c’est pour le volet vulgarisation et information mais si je puis me permettre de passer un appel, c’est de leur dire de croire en eux. Qu’on soit jeune ou moins jeune, femmes ou hommes, c’est de croire en nous et croire que tout est possible. C’est de croire qu’à l’instar des autres pays, nous pouvons réussir ici, nous pouvons créer de la richesse ici, nous pouvons évoluer chez nous. Comme je le disais tantôt, le monde est dans une phase de mutation, c’est-à-dire que plus rien ne sera comme avant. Avec la covid-19, l’on se rend bien compte qu’il y a une interdépendance entre les États. Si on prend le cas de la Guinée, une forte interdépendance existe entre les régions et la capitale où nous avons l’essentiel des marchés.

À ce titre, nous avons planifié de sillonner les régions, d’aller à la rencontre des entrepreneurs de l’arrière-pays, de faire en sorte que, selon les avantages comparatifs des différentes régions, qu’il ait des activités génératrices de revenus en mettant par exemple en place des centres de conservation pour des produits laitiers et agricoles qui sont la base de toute transformation, la base de toute industrialisation avec comme objectif, favoriser l’économie réelle dans ces zones pour que les industries aient des intrants dans ces zones et qu’on soit moins dépendant de l’extérieur. L’autre défi, c’est la problématique du genre. Actuellement, nous avons 17 % d’entreprises qui sont gérées par des femmes, l’objectif, c’est de faire en sorte que ce ratio monte à 30 %. Nous savons tous le rôle que jouent les femmes dans l’économie guinéenne, mais cette implication est encore à un stade informel. L’idée, c’est de les renforcer, les accompagner et à coup sûr, il y aura de la valeur ajoutée. Pour finir, je réitère que c’est grâce à l’effort de tous et de chacun que nous pourrons un jour amorcer l’émergence de notre pays.

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